Madagascar : le cauchemar toujours bien réel de la peste

 |  Posted by n.martin  |  0
Printer-friendly versionSend by emailPDF version

A la tête du service des maladies infectieuses d'un hôpital d'Antananarivo, le professeur Mamy Randria s'est trouvé aux avant-postes de la "guerre" contre la contagion. De ce long "calvaire", il se souvient d'abord de l'inquiétude qui s'est emparée de ses troupes lorsqu'elles ont connu le nom de leur ennemie. "Ils étaient effrayés par la réputation de la peste. Ca tue très vite et c'est très contagieux", dit-il. Une fois qu'il a réussi à rassurer puis à organiser son service pour riposter à la maladie, le médecin a dû composer avec une autre angoisse, celle de la population. "Des gens avaient peur de venir à l'hôpital de crainte d'attraper la peste", poursuit le Pr Randria. De nombreuses familles de victimes se sont aussi plaintes d'avoir été montrées du doigt, discriminées. Le soupçon n'a pas épargné les soignants. "Des médecins qui traitaient la peste ont été obligés par leur femme ou conjoint de faire chambre à part", insiste le chef de service. La peur, encore. La peste n'est plus aujourd'hui en mesure d'éliminer un tiers d'une population, comme lors de l'épidémie qui a balayé l'Europe au XIVe siècle. Mais elle n'a pas disparu pour autant. Elle reste endémique dans certains pays africains.

A Madagascar en moyenne, 300 à 600 cas sont recensés. La saison 2017 a fait exception. Plus précoce, l'épidémie, d'ordinaire cantonnée aux campagnes, a infesté les villes. Les autorités ont dénombré 202 morts et 2.384 cas, dont une majorité de la version pulmonaire de la peste, la plus virulente.

La dernière vague de peste a ravivé la controverse sur des pratiques ancestrales accusées de la propager. Celle du "retournement des morts" a concentré les critiques. La "famadihana" consiste à honorer ses ancêtres en exhumant leur dépouille et en les réenterrant dans des linceuls neufs. Un rite en contradiction avec l'hygiène la plus élémentaire. Prudemment, les autorités malgaches ont mis la population en garde contre ces risques. Elles ont été largement ignorées. 

Source: Clicanoo.re